Saint Jacques

Un peu d’histoire. 

Si le premier document attestant de la présence d’une église dans le domaine de Fosse à St Jacques peut être daté
« vers 1131 », les fouilles archéologiques effectuées du 14 au 23 novembre 1961 avant les travaux de construction de l’église actuelle révèlent un passé beaucoup plus ancien (VII-Vlllème siècle ?).

Plans superposés

L’origine de l’église St Jacques est sans doute une cella: petite église de 30 m2 qui grandira au cours des siècles.
Avant 1820, aucune construction n’existait à St Jacques en dehors de l’église.
Cette situation isolée de l’église fait penser à la christianisation d’un sanctuaire païen tout au début de l’évangélisation de nos régions. La paroisse originale, située entre celles de Wanne et de Basse-Bodeux, s’étendait aux hameaux de Bergeval, Fosse, Mont, Trois-Ponts, Brume, Moulin et Dairomont. Le desservant résidait à Bergeval.

En 1244, l’église de St Jacques fut unie à l’église paroissiale de Wanne et n’y eut plus de prêtre résident ; l’église St Jacques fut souvent négligée par le curé de Wanne. Le 16 mai 1637, le sire Ponce de Bra promet à l’abbé de Stavelot, s’il lui cède la cure de Wanne, de créer un poste de chapelain pour l’église St Jacques avec résidence à Fosse. L’église sera reconstruite à cette époque.

Au XVlllème siècle, cet édifice fut remis en état sous l’impulsion du vicaire Léonard Maréchal pour qui on bâtit enfin une maison vicariale à Bergeval ; ce que les curés de Wanne avaient refusé jusque là. Il Y avait de nouveau un prêtre résident à St Jacques. Des éléments du mobilier de cette époque existaient toujours dans l’église démolie en 1961. L’état de l’église est tellement délabré que l’évêque de Liège, suite à sa visite pastorale de 1843, y interdit la célébration de tout office religieux le 8 février 1850. Après la réalisation de travaux indispensables, le culte sera à nouveau autorisé en juillet de la même année.

Après différents projets et discussions (le premier projet datait de 1837), la reconstruction totale de l’église s’achève le 1er septembre 1862. Elle sera consacrée le 13 octobre 1888.

St Jacques 1837

En 1900, on remplace la coupole qui couvrait la tour par une toiture à quatre pans ardoisés. Du 26 décembre 1944 au 8 janvier 1945, l’église est gravement endommagée par les combats.

L’église à l’état de ruine est rasée en 1961 pour faire place à l’église actuelle consacrée le 20 décembre 1964.

St Jacques 1961

L’élément le plus ancien conservé aujourd’hui est la cuve baptismale taillée dans un bloc d’arkose tout au début de la période romane. Après avoir été écartée de l’église au XIXème siècle, elle a retrouvé sa place et sa fonction dans l’église actuelle.

St Jacques fonds

Après toutes ces destructions et reconstructions, cette cuve baptismale est un beau symbole de la permanence de l’Evangile du début de l’évangélisation à nos jours.

(D’après J. Mertens – F. Bourgeois)  

L’église actuelle.

Il est décidé en 1961 de détruire les ruines de l’église datée de 1862. En 1962, l’édification d’une toute nouvelle église est confiée à l’architecte Marcel Geenen de Spa. Sans conteste, ce dernier donnera à cette unique nef en moellons des allures très modernistes inconnues jusqu’alors dans nos églises locales : simplicité, essence et dépouillement seront requis dans les formes comme dans les aménagements intérieurs ; le mobilier et les images destinées à susciter la vénération. Ces formes esthétiques épurées rencontrent en réalité alors de nouvelles aspirations qui émergent dans la vie religieuse de l’époque et qui seront affirmées par l’Eglise même lors du Concile Vatican Il convoqué de 1962 à 1965.

Les aménagements d’un tel espace de rassemblement pour la célébration liturgique conduit inévitablement à des comportements nouveaux pour les fidèles : la dimension du groupe, la proximité entre les membres, leur mobilité, l’impact de la parole, la visibilité des objets, etc s’en trouvent modifiés. Quelles sont les valeurs induites dans le groupe ? Privilégiées ou censurées ? Exprimées ou passées sous silence?

Au cours des époques, les évolutions du sentiment religieux, de la piété et de la théologie feront varier sans cesse la liturgie et donc se renouveler les espaces, le mobilier, la lumière, les objets du culte dont celle-ci a besoin pour exprimer rites et célébrations. Ainsi certains éléments apparaissent d’autres tombent en désuétude ou en disgrâce. En période de ressourcement et de réforme telle que la connue la vie religieuse lors de ces années, la tentation fut de revenir à des formes archaïques, réputées plus pures, plus simples, plus authentiques. C’est ce qui se produisit à église de St Jacques qui fit pratiquement totalement table rase du passé à l’exception des fonds baptismaux médiévaux et d’une vierge ancienne qui furent intégrés à la construction neuve.

A cette époque, on attendra de ces nouveaux espaces ou des lieux anciens à adapter qu’ils favorisent certaines actions symboliques définies comme prioritaires : la rencontre des frères d’une communauté qui s’assemblent pour célébrer, l’expression collective par la prière et le chant en commun, le face à face dans le dialogue et les rites, le bain d’eau du baptême et enfin, les deux pôles de la célébration que sont l’écoute de l’annonce de la Parole et le renouvellement du repas du Seigneur, geste naguère estompé aujourd’hui revalorisé. Tout doit concourir à la mise en forme et l’aménagement d’un espace qui se veut favorable à la participation «pleine et active» du peuple à la liturgique et si possible dans le respect « d’une noble simplicité » et de la tradition des différents peuples.

En fonction, seront redéfinies par exemple la place, la forme et le sens de l’autel qui s’éloigne des autels imposants et s’avance vers l’assemblée des participants afin qu’ils puissent participer pleinement au Repas, de l’ambon lieu de la Parole remise à l’honneur, du siège de la présidence, de la réserve eucharistique désormais à nouveau distincte de l’autel qui l’accueillait et la magnifiait depuis quelques siècles déjà.

St Jacques autel

La place des images sacrées proposées à la vénération des fidèles est fermement réaffirmée par ce Concile même si la discrétion est devenue souhaitable. La Hiérarchie de l’Eglise a toujours accordé une place essentielle au rôle des Arts et à leur capacité à toucher et suggérer. Pour transmettre son discours, elle a toujours fait alliance avec les courants majeurs dont elle percevait le potentiel. L’Art moderne qui marquera toutes les formes artistiques durant les 60 premières années du XXème touchera également l’Art sacré. Cela se ressent dans les choix opérés dans cette église rurale de St Jacques.

Edith Lambert et Christiane Lagamme

Cette article est extrait de la brochure « Pays de Saint Remacle » , Noël 2012.

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