2ème conférence de carême 2017

LA LECTIO DIVINA SELON LA METHODE DE VIGAN DANS LES TABLES DE LA PAROLE

(Henri BASTIN) 

Le 13 mai 2009, pour la première fois la lectio divina s’est vécue à Malmedy autour d’une table de la Parole, selon la méthode de Vigan.

Dans les pages qui suivent, je m’attache à présenter cette démarche, laquelle commence à se répandre – très modestement – dans d’autres régions du diocèse de Liège. Il importe de noter d’emblée que, d’un groupe à l’autre, « au fil de l’eau », nous prenons régulièrement la liberté d’apporter des aménagements et des ajouts à la méthode (rituel, etc.).

Je vois cette présentation comme un vade-mecum pouvant donner des points de repères aux groupes, et particulièrement aux animateurs.[1]

Les notes en bas en page sont surtout destinées à ceux-ci. Reprenant des points d’attention, elles visent avant tout à situer l’esprit du déroulement des rencontres … Puissent ces points d’attention ne pas apparaître contraignantes à la manière d’une fiche technique : à chaque animateur de s’y référer avec liberté et souplesse.

LA NAISSANCE DES TABLES DE LA PAROLE SELON LA METHODE DE VIGAN

 Ecris cela dans un livre pour en garder le souvenir (Ex. 17, 14)… J’aime renvoyer à ce verset pour faire mémoire de la rencontre qui a été déterminante quant à la naissance des petits  groupes « autour de la Parole de Dieu » dans la région de Malmedy et plus particulièrement de l’adoption par ceux-ci de la méthode de Vigan.

J’ai réellement plaisir à revenir à cette  rencontre qui, bien loin d’être programmée, se fit assurément un jour « au fil de l’eau »… comme par hasard.

Depuis quelques années déjà, nous nous réunissions tous les mois en groupe de vingt à trente personnes, pour une lectio divina, à la chapelle de semaine de la cathédrale de Malmedy. Nous faisions appel à un module de lectio divina adapté à un rassemblement de grand groupe. Par la suite, ce module a d’ailleurs été adopté par d’autres communautés qui ont parcouru un bout de chemin avec nous pour se familiariser avec la lectio divina. Je pense particulièrement à la communauté du Val-Dieu, cette dernière continuant aujourd’hui de s’y tenir, dans un contexte différent du nôtre et s’en trouvant très satisfaite..

Dans le contexte pastoral de nos paroisses, cette formule nous laissait sur notre faim. Nous trouvions qu’elle ne favorisait pas assez la prise de parole pour les personnes plus réservées ou plus timides. Nous cherchions une formule plus familière, une formule plus intime et plus légère dans sa forme, pour rendre la lectio divina accessible au plus grand nombre, et surtout aux gens « plus simples » : bref, une formule moins « effarouchante », plus adaptée au « tout-venant ».

Et puis est venu ce repas du 13 mai 2009 au Monastère de Wavreumont, repas que je partageais avec le Frère Renaud THON, prieur du monastère. Cette date restera gravée toute ma vie dans ma mémoire d’homme et de pasteur. Il n’est pas indifférent pour moi qu’elle corresponde à la date de la première apparition de la Vierge aux enfants de Fatima,

en 1917 (Fatima, où j’ai prêché assez souvent)… Je te bénis d’avoir caché cela aux sages et de l’avoir révélé aux tout-petits (Cf. Lc 10, 21)…

Parlant de choses et d’autres  avec le Frère Renaud, je lui faisais part de notre souci… Et lui de me  renvoyer d’emblée à la méthode de Vigan qui, me dit-il, a pris naissance parmi les plus pauvres, dans la ville de Vigan, aux Philippines… Je le vois encore me griffonner la formule en quelques mots-clefs sur un  bout de papier, à un coin de table.

Cette formule m’apparut à ce point désarmante de simplicité, que pour la présenter dans la chronique hebdomadaire du journal de l’unité pastorale, j’intitulai l’article : La « lectio divina » pour les nuls (Dimanche, 2009, n° 23).

Le soir même de ce 13 mai, déjà « j’essayais » la formule avec un groupe de six personnes, autour d’une table, dans une maison de ce petit village de la paroisse de Malmedy qui porte le beau nom chantant de « Cligneval »[2] … Dois-je ajouter que les rencontres qui s’y vivent depuis lors, font souvent appel à l’allemand et au wallon, tout en se déroulant surtout en français ?… Assurément, un signe touchant d’œcuménisme culturel !

C’est bien de ce jour, de ce 13 mai 2009, que sont nées chez nous les tables de la Parole, selon la belle expression de Philippe BACQ. Cette expression de Philippe BACQ me renvoie à ce que disait si joliment le Cardinal MARTY, qui n’aimait pas trop le mot « évangélisation » : Il faut partager l’évangile comme on rompt le pain frais qui va craquer sous la dent.

Les tables de la Parole autour de la lectio divina, selon la méthode de Vigan, se sont répandues très rapidement sur le territoire de l’unité Pastorale de Malmedy au point d’atteindre en quelques mois le nombre d’une quinzaine. Parmi celles-ci, il faut noter ce groupe de jeunes âgés de 13 à 18-20 ans qui, depuis quelques années, se réunissent avec une belle assiduité tous les 15 jours… groupe probablement suivi bientôt par un autre rassemblant des jeunes d’un village, récemment confirmés.

Comme dit plus haut, les tables de la Parole sont aussi apparues en d’autres lieux du diocèse. Il faut noter que plusieurs équipes de foyers utilisent désormais la formule pour leurs réunions mensuelles. Des  couples l’ont également choisie pour leur prière conjugale… Et encore – dernière merveille, et non des moindres ! – un professeur de religion, membre d’une table de la Parole de l’un de nos villages, a engagé ses élèves des 3ème et 4ème classes de l’enseignement secondaire sur ce chemin  de la méthode de Vigan et en tire beaucoup de bonheur… : Ah ! vous tous qui avez soif, venez vers l’eau, même si vous n’avez pas d’argent, venez, achetez et mangez ; venez, achetez sans argent, sans payer, du vin et du lait. Pourquoi dépenser de l’argent pour autre chose que du pain, et ce que vous avez gagné, pour ce qui ne rassasie pas ? Ecoutez, écoutez-moi et mangez ce qui est bon ; vous vous délecterez de mets succulents. Prêtez l’oreille et venez vers moi, écoutez et vous vivrez (Is. 55, 1-3).

 Les lignes maîtresses de la méthode de VIGAN

 1) La préparation spirituelle à la lectio divina  

– L’allumage du cierge

– L’invocation à l’Esprit Saint

– L’acclamation de l‘évangile

– Une première proclamation du texte suivie d’une explication succincte

2) Les degrés de la lectio divina 

 A) Ecoute de la Parole

a) Quelqu’un proclame la Parole.

b) En silence, chacun prend le temps d’écrire (ou de souligner) l’un ou l’autre mot ou passage qui le rejoint.

c) Chacun fait part à tour de rôle des mots ou passages qu’il a écrits (ou soulignés). (Ce peut n’être qu’un seul mot).

 B) Accueil de la Parole que le Seigneur adresse à chacun

 

  1. a) Une autre personne (alterner entre homme et femme) proclame à nouveau la Parole.
  2. b) En silence, chacun écrit le « message » qu’il reconnaît comme venant du Seigneur pour lui personnellement.

Par exemple, j’écrirai : « N°, moi, Jésus, je te dis que je serai toujours à tes côtés. ».

  1. c) Chacun fait part à tour de rôle du « message » reçu.

 

  1. C) Réponse de prière à la parole reçue

 

  1. a) Une troisième personne proclame, une fois encore, la Parole.
  2. b) En silence, chacun écrit la réponse qu’il veut faire au Seigneur.

Par exemple, j’écrirai : « Jésus, moi, N°, je te dis merci de me donner ta paix. ».

  1. c) Chacun fait part à tour de rôle de la prière qu’il a adressée au Seigneur.

 3) La conclusion à la lectio divina

Tous prient ensemble le Notre Père en se donnant la main, après que la prière a été ouverte aux dimensions universelles par la mention de noms de personnes ou de groupes pour lesquels intercéder.

 

[1] Pour la bonne marche de la rencontre, il importe que l’animateur ait reçu une formation appropriée et soit confirmé dans sa fonction par les responsables pastoraux.

[2] Marguerite, qui accueille le groupe de lectio divina dans sa maison, a eu cette réflexion touchante lorsque je lui ai dit que le nom « Cligneval » signifie « vallon incliné » : « Cela nous convient bien, à nous qui avons l’oreille inclinée vers le Seigneur qui nous parle. ».

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